Fragments d'un dieu mourant, Pour ses beaux yeux

Fragments d'un dieu mourant, Pour ses beaux yeux

Second titre de lancement pour la collection Nagori d'ActuSF, après le croustillant Des perles pour les truies, voici Fragments d'un dieu mourant de Jonathan Brychcy. Ah non c'est le premier, ils sont numérotés et il y a écrit 001 sur le dos. Oh mon dieu je les ai pas lu dans l'ordre !!! Ah non on s'en fout.

Nous suivons les pas d'un garde qui est l'amant du roi, et ils sont très heureux alors il fait très beau. Oui parce que dans cet univers, l'humeur du roi a un impact direct sur le temps et l'état du monde, donc quand c'est le bonheur, le temps est doux, les récoltes sont bonnes, les gens sont heureux. Puis un beau jour le roi part en dépression et les jours ne sont plus beaux. Donc notre garde amoureux part dans une quête pour sauver le monde et son amour dans des paysages désolés.

On doit être nombreuses et nombreux à avoir pensé aux jeux From Software (Dark souls, Elden Ring, Bloodborne...) en lisant ce pitch et en se représentant son atmosphère. Ce genre d'univers dark fantasy crépusculaire et son héros seul qui déambule dans des terres abandonnées dans une ambiance lancinante, c'est quand même très évocateur et peut-être ce que je trouve le plus réussi dans le bouquin, il y a une ambiance, ça c'est sûr.

Mais à part ça, je pense que je suis passé complètement à côté de cette lecture, qui n'est pas du tout ma came. Fragments d'un dieu mourant est une novella dont le style et la prose poétique prennent beaucoup de place. Beaucoup trop de place à mon goût. Je suis pas aussi allergique que d'autres collègues blogueureuses au côté "écriture fleurie" de certaines de nos plumes françaises, mais là on est clairement embarqué.e.s dans un bouquin POÉTIQUE. Oui, en majuscule. C'est 180 pages de jolis mots pour décrire alternativement l'amour entre le roi et ce garde, et les déambulation de ce dernier dans des paysages à l'ambiance darksoulsienne.

C'est très certainement l'intention et vous serez peut-être plus réceptif ou réceptive que moi à une proposition à la prose très travaillée au service d'un texte avant tout axé sur l'atmosphère, dans ce sens on peut dire que le contrat est rempli mais que je suis pas du tout la cible de ce genre de texte. On avance dans un monde assez intrigant du point de vue de ce garde, on avance vers un but un peu flou qu'on comprend pas tout de suite, on découvre le monde tombé littéralement en dépression, avec des procédés stylistiques un peu envahissants mais je ne saurai pas vous en parler plus longuement, faute de compétence et d’intérêt pour la chose. Si vous avez rien contre un exercice de style de 180 pages, si cette exploration de la dépression par les mots vous intrigue, je vous invite à tenter l'expérience. Mais peut-être que vous voyez déjà le niveau d'incompatibilité entre ce bouquin et un ours qui apprécie plutôt la fantasy joyeusement épique et directe.

L'autre point qui m'a chagriné pendant ma lecture est que la conception de l'amour décrite par Jonathan Brychcy m'a paru assez creuse et je rejoins l'ami Bob sur ce point. On parle de deux amants dont l'amour va pousser notre protagoniste dans une quête quasi-mythique, on évoque leur rencontre et quelques moments passés ensemble à travers quelques flashbacks mais cette relation se résume à des caresses, des relations sexuelles et des "oh qu'il a de beaux yeux". On n'a pas vraiment de moments de vie, de complicité (autre que du sexe), de moments forts qui peuvent lier deux personnes au-delà du désir et de l'attirance. Il m'aurait fallu plus que ça pour incarner cet amour fou, là on a pas de vécu. On en revient à une représentation obsessionnelle d'un amour creux qui évoque des histoires à l'ancienne où la femme (souvent, même si pas ici, ce qui est cool) est juste une obsession et un moteur narratif. Mais en y réfléchissant c'est peut-être aussi intentionnel, cette représentation de l'amour de manière "classique" comme dans les bouquins qu'on étudiait à l'école ? C'est juste qu'aujourd'hui ça me parait assez dépassé.

Texte poétique focalisé sur le style pour évoquer l'amour et la dépression, Fragments d'un dieu mourant n'était pas pour moi malgré son pitch et son univers au potentiel certain. Il vous conviendra peut-être, si c'est ce que vous cherchez.

Roman reçu en Service Presse de la part d'ActuSF, que je remercie.

Lire aussi l'avis de : Laird Fumble (Le syndrome Quickson),

Couverture : Melchior Ascaride
Éditeur : ActuSF
Nombre de pages : 184
Date de sortie : 12 Mars 2026
Prix : 11,90€ (Broché) / 6,99€ (numérique)