La ligue des écrivaines extraordinaires : Les temps modernes
Vous connaissez Askabak ? C'est la maison d'édition fondée par Melchior Ascaride et Mérédith Debaque après que les moutons se sont fait mangés par les loups, et qui d'ailleurs récupère petit à petit pas mal de textes de chez les moutons électriques. Askabak, parce que Ascaride Debaque, on est passé à "ça" de "Debride", mais ça claque pas pareil à l'oreille.
On m'a attrapé par la manche internétale pour me proposer de lire le nouveau recueil de La ligue des écrivaines extraordinaires en avant-première. C'est un concept déjà lancé à l'époque des ovins dans le cadre des Saisons de l'étrange (faut suivre) avec des titres comme Jane Austen contre le loup-garou, Mary Shelley contre Frankenstein, vous avez saisi l'idée quoi. Une vraie autrice du passé (ou plusieurs) qui défouraille une créature dans une atmosphère pulp assumée, tout ça écrit par des Nelly Chadour, Sushina Lagouje, Bénédicte Coudière, etc... ! Mais comme j'ai lu aucun des textes des deux "saisons" existantes je peux pas vraiment vous en dire plus. Jusqu'ici. Ce nouvel opus sera apparemment en campagne de précommande via Ulule en Septembre, donc préparez les cartes bleues, et je vous en parle là, tout de suite.
Parce que cette fois, Askabak nous propose 5 nouvelles aventures bien tassées dans un même bouquin avec une couverture de Margaux Saltel (ci-dessous). Le problème que j'ai anticipé en abordant ces textes, c'est que je suis profondément inculte (ça se sait), donc dans Violet Paget contre Dorian Gray, Charlotte Perkins Gilman contre l’Homme invisible, Gertrude Barrows Bennett contre Arthur Gordon Pym, Hazel Heald contre Herbert West, réanimateur et Juliette Lamber contre le Mystérieux Docteur Cornélius... Rien ne m'évoque grand chose, à part que l'homme invisible doit être un homme qui est invisible et que Dorian Gray a un truc avec un portrait parce que c'est un titre de livre que j'ai déjà vu dans ma vie.
Mais est-ce que ça m'a vraiment gêné ? Peut-être pour la première histoire, Violet Paget contre Dorian Gray de Mélanie Fievet, qui se repose apparemment pas mal sur le concept sans vraiment l'expliciter aux profanes et joue ensuite beaucoup sur de la ref picturale qui a pu m'échapper par ailleurs. Pour autant le texte se suit, reste agréable et une bonne entrée en matière, même si j'avais parfois l'impression de "rater" quelque-chose. Mais pour les trois histoires suivantes, aucun problème pour m'immerger et suivre, et surtout prendre un grand plaisir avec ces aventures.

Avec Charlotte Perkins Gilman contre l’Homme invisible, Isabelle Bauthian nous emmène affronter un homme invisible horrible mais bien réel, aux côtés d'une femme affirmée, intelligente, qui fera un pari dangereux. L'autrice arrive à nous tenir en haleine dans cette relation où son héroïne marche sur des œufs, un peu "Silence des agneaux" dans le mood, et ça aborde les violences faites aux femmes en frappant fort.
Gertrude Barrows Bennett contre Arthur Gordon Pym nous raconte l'histoire de Gertrude (donc) qui part sur les traces de son ex-mari décédé il y a des années dans une expédition maritime. Sa fille semble touchée par un mal mystérieux et surnaturel lié au dernier voyage de monsieur, donc on va partir sur les mers affronter un mystère caché sur les terres lointaines. Au-delà du fantastique terrifiant et du sens de l'aventure que déploie Sarah Buschmann, l'histoire m'a touché parce que l'autrice aborde cette situation de femme qu'on laisse se démerder dans une des épreuves les plus dures au monde : élever des enfants. C'est un peu anecdotique, mais certaines phrases de ce texte ont tapé tellement juste à ce sujet...
Et on arrive au récit de Sushina Lagouje, Hazel Heald contre Herbert West, réanimateur, qui se régale dans une histoire pulp, gore, violente, mais cachant un côté tout en finesse sur le jeu de perspective. Elle nous parle de sororité et monstruosité, du regard des uns et des autres, d'amour et de haine pure. Ce texte est réjouissant parce que l'autrice "se lâche" dans un truc décomplexé entre le fantastique et l'horreur mais ne perd jamais son propos et son sens de l'équilibre dans le ton.
Je ne pourrais malheureusement pas vous parler plus que ça du dernier texte, vu que le SP qu'on m'a proposé ne contenait qu'un petit extrait de ce Juliette Lamber contre le Mystérieux Docteur Cornélius par Nelly Chadour. Ça a l'air de la même qualité que le reste mais dur d'en parler sans vraiment savoir où ça va.
J'ai apprécié chaque texte tout en prenant soin d'espacer chaque lecture pour ne pas en avoir trop d'un coup, j'avais peur qu’enchaîner plusieurs histoires au même concept puisse devenir redondant. Pourtant, réunis dans un même ensemble, ils ébauchent une mythologie qu'on s'amuse à effleurer avec cette "ligue". Mais surtout, l'ensemble a cette cohérence d'une série qui nous parle sous différents angles des femmes et de leur rapport à un monde qui les regarde de travers, à une sororité qui les lie et leur permet d'affronter le pire (le pire étant souvent "des hommes"), dans ce XXe siècle de fiction... autant qu'aujourd'hui.
Livre reçu en Service Presse numérique de la part de la maison d'édition
Couverture : Margaux Saltel
Éditeur : Askabak
Date de sortie : Campagne de précommande en Septembre
Nombre de pages : 344