Pour toujours pouvoir danser, Retrouver le monde
Nous continuons la découverte de la collection Nagori d'ActuSF avec une novella au titre qui respire l'espoir et la fiesta. Voyons donc ce que dit ce premier texte de Lorelei Lenn, Pour toujours pouvoir danser.
Dans ce joyeux futur, les pandémies s’enchaînent sans arrêt, et à un moment on décide de laisser les gens décider. Il y a les communautés qui continuent de vivre normalement, de danser et de se côtoyer mais en restant entre elleux. Et il y a celles et ceux qui s'isolent et se protègent, pour qui on a tout mis en place pour qu'une vie isolée soit possible : télétravail, livraison de courses, vies virtuelles. Après 50 ans de vie recluse chez elle, Merle décide de sortir et d'aller voyager de communauté en communauté avec un but : Retrouver une personne de son passé.
Merle l'admet volontiers, elle est une vieille un peu réac qui ne s'est jamais faite non plus aux nouveaux pronoms qui ne s'adaptent plus du tout au genre des personnes et des objets mais à leur... permanence ? Un truc qu'on connaît peu ou qui ne fait que passer dans nos vies s'accordera avec Al, el, et plus on est proche, plus l'objet est immuable et durable, et les voyelles changent, yl, ol... Ça nous donne un texte un peu acrobatique à lire pour qui n'a pas vécu ce monde, comme nous, pauvres lecteurices, et je me retrouvais régulièrement à ne pas trop comprendre pourquoi tel accord, pourquoi tel mot est accordé selon cette règle, article, pronom, etc... C'est à la fois osé mais un peu compliqué pour suivre une histoire, et je suis pas très sûr d'être fan du procédé qui est, certes, une extrapolation des évolution de pronoms qu'on peut avoir à notre époque, mais la c'est quand même une autre gymnastique intellectuelle et ça parasitait parfois les qualités que j'ai pu trouvé au récit.

Parce qu'en dehors de ça, il y a beaucoup de choses à apprécier dans cette petite histoire d'une femme qui redécouvre le monde après un demi-siècle d'isolement. L'autrice nous décrit une version hardcore de paranoia et de malaise pour se retrouver au contact d'un autre être humain après tant de temps d'isolement. Mais Merle découvre des communautés très ouvertes et bienveillantes qui font toujours attention à l'autre, même si on évite pas quelques engueulades et incompréhensions. Et pourquoi que ça parle de danse alors ? Et bien parce que la personne que recherche Merle arpente les fêtes de ces communautés et qu'elle va la traquer par ce biais, en partant d'un pas de danse bien particulier. Donc on va en voir, "des fêtes de village".
Parce qu'évidemment, la danse symbolise très bien cette action de contact dangereuse en pandémie, mais aussi acte de joie, de communauté et de liberté. Et la question du choix de chacun.e est au centre de ce futur imaginaire, et évidemment il renvoie à la période des confinements que nous avons vécue lors de la pandémie de COVID. La question du choix, et de pouvoir mettre en place une société qui respecte la sensibilité de chacun quand on doit effectuer cette éternelle balance entre sécurité et liberté, est amenée avec pas mal de finesse par Lorelei Lenn. On en arrive à lire Pour toujours pouvoir danser comme une SF "à la Becky Chambers" qui aurait décidé d'exorciser l'ombre du COVID qui trotte toujours dans notre mémoire.
Ça manque peut-être un peu de nuance entre les isolés hardcores techno-connectés et les hippies danseurs, on a parfois l'impression qu'il ne reste que ces deux cases, mais ne boudons pas notre plaisir. Le message est beau, c'est écrit avec finesse et sensibilité, ça apporte un angle de bienveillance dans un contexte qui peut être anxiogène pour celles et ceux qui ont été les plus fragilisé.e.s mentalement pendant notre confinement à nous. Et ça nous révèle une autrice à suivre à l'avenir.
Roman reçu en Service Presse de la part d'ActuSF, que je remercie
Couverture : Melchior Ascaride
Éditeur : ActuSF (Nagori)
Nombre de pages : 120
Date de sortie : 17 Septembre 2026
Prix : 11,90€ (broché)