Sous le règne des filles du feu 1, Ballade viking
J'ai vu passer Sous le règne des filles du feu de Sébastien Juillard au hasard des partages dans mon fil de rézosocial, et je n'ai pas pu résister à l'appel de la fantasy viking, que voulez-vous ? Je suis un ours simple.
Sigdís Hröriksdóttir est, comme son nom l'indique, la fille de Hrörik, l'ancien chef du village. Après avoir embarqué quelques dizaines de guerriers de son village dans une expédition de plusieurs années, elle ramène la dépouille de son père au village, ainsi qu'un paquet de compagnons de voyage mécontents qui ont plein de reproches et la poussent à s'exiler dans ses terres où la maladie fait des ravages.
Sous le règne des filles du feu est un de ces romans de fantasy historique où il faut bien chercher pour trouver la fantasy, à l'instar d'un Jaworski avec sa saga celte Rois du monde. J'ai d'ailleurs beaucoup pensé aux aventures de Bellovèse en lisant ce bouquin, parce que comme Jaworski, Sébastien Juillard nous plonge dans l'histoire par les détails, par l'atmosphère, prend son temps pour nous faire naviguer sur les fjords et emploi tout plein de mots nordiques qu'il faut chercher dans un lexique à la fin du bouquin. Comme Jaworski on ne sait jamais vraiment ce qui relève de la magie ou de la croyance. Et comme Jaworski on utilise une écriture très travaillée dans un registre soutenu, qui refroidira celles et ceux que ça rebute.
Mais ce texte trouve aussi son identité dans cette représentation très documentée de la culture viking, très à la mode en ce moment mais souvent bourrée de clichés. Mais ici l'auteur fait le taff pour rendre tout ça crédible, documenté, palpable. On reste quand même un peu dans le cliché parce qu'on a du guerrier qui fait des raids à bord de son navire menaçant, sur des pauvres gens qui priaient tranquillement dans leur coin, mais ça reste dans la retenue et la subtilité. En fait tout est dans l'atmosphère, et c'est peut-être la réussite de ce roman, nous transporter dans une époque si fantasmée en gardant les pieds sur Terre et en restant dans le crédible.
Le début de la lecture est un peu abrupt et compliqué, parce que l'auteur nous balance dans le bain la tête la première, mais surtout s'amuse à mélanger plusieurs temporalités sans crier gare. On commence avec le retour de Sigdis pour ensuite partir dans le passé pour vivre cette fameuse expédition, ses dangers et ses conflits. On a pas le temps de s'installer, de se faire au vocabulaire et aux personnages, que ça fait déjà des aller-retours et des ellipses acrobatiques. On s'y fait, on apprivoise finalement ce rythme mais il m'a fallu plus d'une centaine de pages pour soigner ce mal de mer littéraire et retrouver ma stabilité.

On embarque pour une aventure finalement pas très originale faite de conflits de chefs, de "qu'est-ce qu'on fout là ?" et de mystères "surnaturels-mais-on-sait-pas-trop-en-fait". Le roman fait ses 600 pages bien tassées et le petit "1" dans le titre nous pose un indice sur l'arrivée d'une suite, et ça prend son temps. On est pas du tout dans l'épique rythmé, on se laisse porter par l'ambiance viking historique, par ces mystères disséminés sur la route et ces personnages qui se dévoilent petit-à-petit. Ce côté immersion historique est très réussi et sera le point fort du récit pour moi.
Mais vous me connaissez, je suis très attaché à... L'attachement aux personnages, justement. Et le roman de Sébastien Juillard n'a pas réussi à me happer de ce côté-là, puisque notre protagoniste est une leadeuse obsessionnelle et antipathique, menée par sa colère et son égoïsme. Je ne me suis jamais attaché à elle et je l'ai même un peu détesté. L'histoire ne crée jamais vraiment de relation entre ses personnages (à part la colère), ne construit pas de sentiment auquel on peut se raccrocher (à part la colère), et distille son histoire avec tant de zones d'ombre que j'ai peiné à trouver quelque-chose pour m'attacher à cette quête. D'ailleurs on comprends jamais vraiment pourquoi elle est si importante, cette quête.
On a quelques personnages secondaires, avec en premier lieu Jórun, le mari et punching-ball sentimental de Sigdis, beau parleur condamné au silence par une malédiction sans qu'on nous dévoile franchement pourquoi. On a quelques personnages qui ressortent dans cette expédition mais qui ont du mal à trouver leur identité. La seule à qui j'ai réussi à m'attacher (tardivement) est Skaði, jeune guerrière du village qui va se rattacher à Sigdis après son retour, et incarne quelque-chose et provoque quelques émotions, à un moment.
Si le décor, le cadre et le voyage sont réussis, c'est par ses personnages que Sous le règne des filles du feu m'a perdu, et c'est un point très important pour moi dans l'attachement à une histoire. Vous pourrez peut-être apprécier plus que moi cette traversée dans l'histoire nordique qui reste très réussie et immersive, si vous êtes un autre type de lecteur.ice, ou si une héroïne de glace et de colère vous convient.
Roman reçu en Service Presse de la part de Denoël, que je remercie.
Couverture : Pascal Guédin
Éditeur : Denoël (Lunes d'encre)
Nombre de pages : 624
Date de sortie : 13 Mai 2026
Prix : 24€ (broché)