Vitaux, Les rennes des neiges
Vitaux est le premier tome du diptyque La dernière transhumance, par Stéphane Arnier
Tout roman de Stéphane Arnier est maintenant automatiquement sur mes radars, après La brume l'emportera et Trois nuits, l'auteur a montré un talent certain pour taper dans ma zone. Est-ce que ce sera le cas pour La dernière transhumance ? Le suspense est entier. Ou pas.
Kaisu est la doyenne de la siita du sorbier, un petit clan familial appartenant à un peuple nomade qui mène les transhumances de troupeaux de rennes. Cette année elle entame son dernier voyage dans ce rôle de meneuse avant de céder la place à son fils, mais l'arrivée d'un voyageur étranger va faire resurgir les drames du passé chez elle, ses enfants et petits-enfants. Son mode de vie survivra-t-il à l'écrasant "progrès" ? Et quels mystères renferment ces vitaux néfastes qui reviennent après 25 ans ?
L'auteur met en scène de manière assez classique un face-à-face de civilisations, l'une basé sur les traditions et la vie en communion avec la nature et l'autre... Des gros bourrins envahisseurs qui veulent exploiter les ressources locales. On connaît la chanson, mais La dernière transhumance arrive à aller au-delà des clichés dans ce premier tome en proposant tout d'abord un univers original et "rafraîchissant" (huhu), avec ce pays nordique peuplé de tribus nomades qui s'éloigne des clichés "Vikings-bagarre" qu'on associe quasiment toujours avec ce setting en fantasy. Bon, si, les Vårks sont très vikings-bagarre, mais pas les Inurs qu'on va suivre majoritairement. Elles et eux sont inspiré.e.s des Samis, un peuple nomade du nord de l'Europe qui élevait effectivement des Rennes, ça fait de l'originalité dans notre bonne vieille fantasy, ça pose une ambiance, et on se cultive en même temps, c'est pas beau ça ?
On alterne les points de vues comme dans pas mal de romans du genre, mais on couvre pas non plus des royaumes entiers, l'action se déplace dans un tout petit groupe de personnes simplement pour donner des perspectives différentes. On pourra suivre Kaisu la meneuse et doyenne, mais aussi Onnari son fils, Yngvar le fameux étranger mystérieux, et de temps en temps Norda, la fille disparue du clan, enlevée 25 ans auparavant par l'envahisseur. On l'a vu dans ses romans précédents, Stéphane Arnier aime beaucoup opposer les points de vue, nuancer les situations en confrontant les vécus de chacun.e. Et il le fait encore une fois admirablement bien en nous immergeant dans cet univers par les yeux de ces quelques personnages au passé lourd et complexe, qu'il va falloir confronter.

Cet univers de fantasy a évidemment sa part de magie avec ces vitaux, des petites émanations spirituelles qui ne peuvent être vues que par les enfants et quelques Inurs spécialement sensibles. Ils sont le moteur du mystère qui est au cœur du roman, avec le retour de petits vitaux rouges qui semblent rendre leurs porteurs particulièrement agressifs. Et il y en a d'autres mais on va pas tout révéler ici. On a donc cette touche de "magie" assez légère mais bien intégrée à l'univers et à l'intrigue, et qui donne aussi lieu à des scènes spectaculaires, feux d'artifices de lumières et de mots.
L'auteur nous emporte dans cette fantastique ambiance de forêts enneigées, de nature et d'esprits. On traverse des paysages et on vit cette aventure au rythme des Rennes, des dangers du voyage et des levers de soleil éclatants. Le livre nous parle de famille, de traditions et de progrès, de magie et de nature. Mais c'est avant tout ces personnages qui m'ont porté, nuancés, complexes, incertains mais forts, perdus mais guidés. Il y a des moments de beauté absolue, des moments de petite larme au coin de l’œil, il y des sentiments, quoi. Et quand un auteur provoque des sentiments, on est contents.
C'est épique dans un sens sans être absolument guerrier, subtil dans son approche d'un conflit et axé sur ses personnages, et on termine évidemment avec l'envie de découvrir la suite tout de suite. Mais ça sera pas tout de suite. Plutôt pour Septembre, à priori. OK c'est pas si loin, je devrais pouvoir trouver quelque-chose à lire pour patienter.
Roman reçu en Service Presse de la part de la maison d'édition Mnémos, que je remercie
Lire aussi l'avis de : Laird Fumble (Le syndrome Quickson),
Couverture : Josef Bartoň
Éditeur : Mnémos
Nombre de pages : 352
Date de sortie : 22 Avril 2026
Prix : 23€ (Broché) / 9,99€ (numérique)