Landor, Whodiduntdouit

Landor, Whodiduntdouit

Landor est le quatrième roman de la saga Les rhéteurs d'Isabelle Bauthian.

Ça faisait bien longtemps qu'on n'avait pas mis les pieds à Civilisation, et voilà qu'Isabelle Bauthian nous sort son quatrième tome des rhéteurs avec ce Landor. Et ce qui est bien avec cette autrice, c'est qu'on sait jamais à quoi s'attendre.

Céleste Armanville est géniale, elle sait tout faire, elle est douée en tout, elle est même une Savante (avec un grand S). Mais pour l'instant, Céleste Armanville est coincée dans un château avec la famille de son frère Thélban et assez rapidement un cadavre sur les bras. Le temps est compté, elle doit trouver qui a tué le mort avant que la neige fonde, que le monde extérieur les rattrape, que les réseaux clandestins mis en place par sa société secrète ne s'effondre. Sortez les calepins et les moustaches d'Hercule Poirot, on va enquêter. Enfin, à peu près.

Parce que si meurtre il y a, on est surtout plongé dans un imbroglio de politique espionnage sur le fond de l'affaire. Et j'ai eu un peu de mal à plonger dedans, entre mes souvenirs un peu flous de la saga et un plongeon tête la première dans un réseau complexe d'influences et d'explications, la pente est rude. Ce cher Bob compare ça à la trilogie Marcheurs de rêves de Rozenn Illiano, et je ne peux que le rejoindre : C'est un peu la même sauce, une saga censée être faite de romans indépendants, mais au bout d'un moment on prend pour acquis des choses que le pauvre lecteur amnésique a peut-être un peu trop oubliées depuis le temps.

Fort heureusement, on a un rythme qui se pose un peu, qui pourrait sembler monotone mais permet d'assimiler pas mal de choses : Chaque chapitre va être grosso modo une discussion avec une personne en particulier, et on va essayer de reconstruire le puzzle de cette pièce de théâtre par ce biais-là. Et c'est cet aspect "enquête" qui est à la fois décevant mais cache une intention, parce que si on s'attend à suivre le schéma habituel de l’enquêteur.ice génial.e qui va flairer le mensonge avec un petit sourire en coin, sans vouloir gâcher la surprise, on va tomber de haut. On pourra même se dire "elle est un peu nulle cette enquête", parce que pendant une grosse partie du roman on parle à plein de gens qui savent pas grand chose, Céleste n'avance pas, et la résolution arrive un peu toute seule.

Parce que le cœur du roman n'est pas du tout dans l'enquête, pour moi, le cœur du roman est dans la trajectoire de ses personnages, et l'enquête n'est qu'un outil qu'on va utiliser en le tenant un peu la tête en bas pour faire évoluer Céleste, son entourage et leurs relations. Ce roman est décevant si on en attend un whodunnit avec ses schémas classiques et ses poncifs, mais devient intéressant si on voit l'enquête autrement, et si je disais quoi exactement ça serait un peu trop dévoiler.

Landor est un tournant dans la vie de ses personnages, à leur échelle, mais peut-être un détail dans la grande Histoire, ou peut-être pas, on sait pas. Landor est une galerie de portraits de famille, un arbre généalogique étendu qu'on se plaît à reconstituer, à resituer, à évaluer. Je pense que certaines choses de la situation du monde m'ont échappé et j'en ai fait mon deuil, et des lecteurices plus à cheval sur le world-building pourront être plus critiques, mais en recentrant mon attention sur le petit monde présent sur les pages, on a pas mal de choses à apprécier, et à découvrir. Même si, il faut l'avouer, Céleste est un peu plus glaciale que d'autres protagonistes donc l'attachement est plus compliqué, mais c'est le personnage qui veut ça.

Landor parvient finalement, comme les tomes précédents de cette série, à donner un instantané d'un univers par le petit bout d'une perspective à hauteur de quelques personnages. Si la mise en place est rugueuse, si la situation politique est moins limpide que dans les romans précédents, si on joue avec les poncifs de certains genres quitte à les tordre en cours de route, je termine ma lecture assez satisfait parce que, justement, j'aime quand Isabelle Bauthian jongle avec nos attentes pour nous amener quelque-part. Parce que oui, elle va quelque-part.

Lire aussi l'avis de : Laird Fumble (Le syndrome Quickson),

Couverture : Lisa Santalucia
Éditeur : ActuSF
Nombre de pages : 370
Date de sortie : 23 Avril 2026
Prix : 22,90€ (Broché) / 9,99€ (numérique)