Oceano Nox, Code quantum du seum
Après un Grain de sable maîtrisé et un petit Album culte réjouissant, j'avais hâte de mettre la main sur le dernier roman de Louise Roullier. Et comme par un heureux hasard, voilà que je reçois un mail de Critic proposant un SP numérique d'Oceano Nox ! La vie est bien faite.
Pinto Bem est un scribouillard qui raconte à l'écrit sa rencontre avec un prisonnier de guerre, personnage qui va lui-même lui raconter ses mésaventures : Il est un dieu qui habite malgré lui, et au hasard, les corps de personnes qui se retrouvent pris dans une guerre. Il se réveille dans un corps, simple spectateur, et accompagne la personne jusqu'à ce que celle-ci décède, et il se retrouve projeté dans une autre. Comme il y a un conflit en cours, la mort n'est jamais très longue à arriver.
Le roman raconte donc le ping-pong de ce dieu qui va de corps en corps vivre un conflit qui mettra en évidence l'absurdité de la guerre, l'impuissance des gens et la tragédie de tout ce bazar. Ça ressemble à une saison de Code Quantum en accéléré, au milieu d'une guerre dans une antiquité fantasy. On va passer d'un côté à l'autre du conflit, d'un esclave à une servante en passant par un mage ou un guerrier, d'un camp ou l'autre. Par ce procédé, on va vivre l'injustice, l'aléatoire, les espoirs et les désillusions. L'autrice va aborder ainsi tout ce que l'humain fait en temps de guerre, par la contrainte, le devoir, l'endoctrinement ou la simple volonté de voir le prochain lever de soleil.
Le procédé est original et fin, Louise Roullier va nous confronter à pas mal de situations différentes pour nous parler de guerre évidemment, mais de plain d'autres sujets au passage, d'injustice sociale, d'immigration, d'amour, et de religion bien sûr. Un dieu qui voit tout ce que les humains font en son nom alors qu'il a rien demandé, ça fout le seum. Et dans tout ça, il n'y a pas de méchants et de gentils, il y a des gens pris à différents niveaux dans une affaire qui les dépasse.

Le roman est brillant, toutes les critiques que j'ai vu passer le disent, et je ne vais pas les contredire, je pense honnêtement qu'on a un roman de très haute volée ici, stylistiquement, mécaniquement, conceptuellement. Est-ce que je l'ai apprécié ? Pas vraiment. Pour des raisons tout-à-fait subjectives, et tout en reconnaissant la démarche du roman et le talent de l'autrice, je n'ai pas retrouvé ce que j'aime en fantasy ici. J'aime même trouvé le contraire de ce pourquoi je lis de la fantasy.
Oui, c'est assez tendance d'écrire de la fantasy pour faire autre chose que ce que fait la fantasy traditionnellement, essayer de prendre à contre-pied le côté héroïque, épique, guerrier, pour faire de la fantasy qui prend du recul, qui donne un nouvel éclairage à tout ce genre où la guerre glorifie les personnages et les actions. Intellectuellement c'est satisfaisant et je pense que beaucoup de lecteurices trouvent et trouveront ça passionnant. C'est le genre de fantasy qui fait réfléchir, c'est le genre de fantasy qui parle à l'esprit, c'est le genre de fantasy qui gagne des prix.
C'est le genre de fantasy qui ne me touche pas.
J'aime la fantasy parce qu'elle me fait vivre des aventures qui donnent des buts à ses personnages, des espoirs et des rêves dans l'adversité. J'aime la fantasy quand elle prend le temps de me faire ressentir de l'empathie pour des protagonistes qui, dans une situation donnée, vont tout faire pour retrouver un peu de lumière, poursuivre un but, et une petite touche de fun au passage ça fait pas de mal. J'aime la fantasy quand elle me fait ressentir ces choses positives au milieu des ténèbres.
Oceano Nox est une histoire qui réjouira l'esprit mais déçoit mon cœur parce que, dans son concept, c'est une succession de courtes histoires avec des personnages qui vont mourir, parce que c'est le principe. Quand on suit un personnage qui n'est pas celui qui témoigne à Pinto, c'est qu'il ou elle est morte. Et on suit donc une succession de personnages qui meurent, souvent de manière conne, absurde, comme à la guerre quoi. Avec assez peu de relations positives entre-temps, et assez peu de temps pour apprendre à les connaître, et quasi aucun moment de joie, on attend qu'iels meurent. Il y a quelques moments où on vit quelque-chose de touchant, comme avec Jai et Sundar, mais ça mène à la mort.
Putain il m'a plombé le moral ce bouquin.
Il a un propos, il a une construction, il a un style et il a un vrai talent derrière, mais il m'a plombé.
Tiens ça me rappelle What remains of Edith Finch.
Lire aussi l'avis de : Laird Fumble (Le syndrome Quickson), Fantasy à la carte, Les blablas de Tachan, Le nocher des livres,
Roman reçu en Service Presse de la part de Critic, que je remercie.
Couverture : Thomas Arnaud
Éditeur : Critic
Nombre de pages : 456
Date de sortie : 2 Septembre 2026
Prix : 24€ (Broché) / 13,99€ (numérique)